Il est vingt deux heures et quelques.
La bande-annonce de l'émission prozac qui va démarrer après les mensonges en 30 secondes annonce surtout qu'il va bientôt être l'heure de clore le dossier de cette journée compliquée et tendre à la fois.
Vibration : L.
On s'est parlés trois heures plus tôt, lui depuis la terrasse du café beaubourg, long time no news quelques semaines loin.
Pendant le débrief sa voix change " Tiens voilà M. Qui rentre en vélib' *dans* le café Beaubourg ".
On est ok sur l'idée que ça correspond à une post nuit sans sommeil.
Le debrief tourne court plus vite que prévu, M. fait semblant de ne pas comprendre qui parle à qui, résurgences, sourire, fatigue du côté de cette journée difficile, mine.
Un peu plus de vingt-deux heures donc, et l'hésitation légitime, résilience, nous avons connu tout ça, ces dimanches après nuit blanche, les hommes à hommes pour qui le dimanche soir ne signifie rien, les rendez-vous par lieux, les us, les bars, les débriefs.
Une journée tendre et difficile.
Répondre.
C'est M. C'est très grave. Son père s'est suicidé. Il est allé se jeter du pont de Normandie. Il a laissé sa voiture, et un mot dans la voiture.
Se souvenir que la mère d'M a aussi pris la tangente de son plein gré il y a deux ans.
La terrasse est presque vide, il reste quelques âmes de la tribu des dimanches soirs qui n'ont pas de sens, des fatigues perceptibles et douces plissent les cernes autour, M. est à l'intérieur, quelque part. Guetter.
" Je suis avec C. qui est évidemment arrivée comme une... comme une ..."
" Comme une charognarde " ( aider ).
" Voilà exactement " rit M. qui téléphone en dansant sa démarche entre les rangées de fauteuils.
De temps en temps, il s'éloigne sur le parvis, et le flux descendant en decibels tend à laisser comprendre que le fanfaronnage à ses limites.
Les personnes citées en minuscule pointée ne liront pas les lignes suivantes.
C'est l'intérêt de l'ouverture de cette adresse.
Recouvrer l'indépendance.
M. et L. alors que précisément, l'ouverture de cette adresse, comme si rien ne devait changer des symboles.
M. et L., les meilleurs amis, les frères.
M., le parrain de la fleur.
L., le surviveur.
M. ne lira pas ce qui va suivre.
Et l'occasion, enfin, pour moi, de recouvrer mon je(u).
M., t'aimer tellement...
.
Ton costume gris, tu seras trop heureux d'en dévoiler sa doublure plus tard, le gansé de satin, la signature de J., made in ShangaÏ.
Ton grand corps fort.
Et cette lutte de commencer avec lui.
Ta guerre implaccable contre l'Emotion.
Ton refus. Toujours.
Elle est là cette salope qui rôde malgré le produits, ou les, et l'alcool, elle est là malgré l'anéthésie locale qui rôde et menace.
Tu luttes.
Rien ne doit s'effondrer ça n'est pas du tout la tendance.
( Le lendemain tu diras " Par contre je n'ai toujours pas pleuré " d'une fierté expectative famillière ).
Retrouver nos réflexes de petits blessés définitifs.
( Penser à V. à ce moment là, même stratégie, elle excelle ).
M. se bat.
Devant nous qui le connaissons si bien.
L. déjoue les flêches les plus déplacées, moi, d'enfiler les perles.
Il y a un témoin, un candide, il y a toujours un témoin, il vient d'arriver de Barcelone, c'est son premier soir, il est calme malgré le bruit des tirs, cette guerre est aussi une danse, M. est le clou du spectacle involontaire et impératif en même temps, dominer, combattre, la lutte.
W. m'apparait dans les rafales, les mêmes hein, les mêmes mon W.
Ca va faire deux ans, le 3.
Poser, à risque, quand-même, quelques questions. En présumant que les réponses n'arriveront pas de l'axe préssenti. A raison.
Le pourquoi néanmoins indispensable entre deux tentatives, habiles, de déjouement.
On ne l'écoutait plus. Toi tu n'aimes pas ce que ton père dit. Mais on l'écoute. Et tu respectes forcément cette écoute. Lui, on ne l'écoutait plus. Il était contre des valeurs. Il a perdu. Son discours n'intérresse plus personne. Il a perdu. Ce qui m'étonne, c'est qu'il ne l'ait pas fait plus tôt. Qu'il l'ait fait maintenant. Il aurait du le faire à trente-cinq ans, comme les autres. Mais il a survécu à ça. Et je ne comprends pas pourquoi il a fait ça maintenant. C'est pour mon petit frère que je suis inquiet. Parce que lui, il a intégré toutes ces valeurs, qu'est ce que tu dois penser quand le type qui t'as insuflé toutes ces valeurs anti-, va disparaitre sous un pont. Il m'a dit qu'il marche, il dit ausi que peut être il va revenir, mais non, impossible je lui ai dit, impossible.
Ta téciture ondule, et dans les variations il y a les grands thèmes que tu réfutes avec cette sauvagerie qui est tienne.
Incrédulité, compassion, colère.
J. arrive et brise sans le savoir ce qui était entrain de se contruire de ta démission.
A partir de là, consciente de la seule manoeuvre possible, me taire. Hormis quelques ouvertures de vannes. Appuyer sur la béance. Insister sur la plaie.
Tu n'as pas les clefs du nid, tu les as laissées quelqu'un te les as déposées dans un café qui a fermé tu ne sais pas ou tu vas dormir tu dis Je suis orphelin et je n'ai même pas de toit ou dormir ton regard est vitreux, filtré même si ta voix porte je lis l'écume au coin de ta lèvre droite.
Tu as envie de te battre. Cogner pour ne pas. Te faire détruire. Physiquement. L'anesthésie, encore. Tu l'avoues, tu te rétracteras plus tard mais là tu lâches quand je te glisse doucement Tu vas te battre n'est ce pas. C'est clair. Tu dis, C'est clair.
Tu ne vois plus rien.
Ca ferme. Tout les protagonistes savent qu'il n'est pas question que tu dormes. Un seul endroit possible, un de nos théatres.
La faune du dimanche qui divague gentiment, l'opacité, la douceur de cet endroit. Quelques têtes. Le bar à deux étages.
Tu es droit. Ce type très accentué à l'angle droit du comptoir t'insulte je le comprends quand il monte le ton. Tu es droit, tu ne dis rien tes lèvres sont fermées à peine si j'arrive à décripter la menace dans ce si léger sourire. Il continue tu restes impassible et raide alors que ta main est sur l'arme qui va sortir de ta bouche si. J. te prend le bras et te tire à l'instant ou je feu allait se faire, tu te laisses faire, tu oscilles sans cesse entre ce qui t'assaille et une résignation inconcevable.
Mes silences te rapprochent de moi, nous sommes collés, tu es assis en face et nous sommes fondus.
Je te montre une photo du réel tu hoches négativement la tête, comme si tu ne comprenais pas, tu nies ce qui t'échappes.
Avant de me répéter bas comme une excuse " Je ne vois plus rien. Je ne vois plus rien. "
Il va falloir rentrer, nos dimanches divergeants.
Tu dis que tu vas aller là-bas, chez S. qu'il y ton chargeur chez lui, tu dois être joignable. Ton petit frère, à Rouen, a dit qu'il était entrain de marcher. Tu ne peux pas être injoignable.
Sur le trottoir tu prends mon bras, mon frère. Tu as quand même réussi a me faire rater Enquête exclusive enculé t'arrache un rire sonore et dupe qui nous enorgueuillit ensemble. Je ne veux pas te laisser. Je vais le faire nous le savons mais je ne veux pas. Je voudrais marcher avec toi comme ça collés aux épaules, toute la nuit jusqu'à la fin du ciel noir, t'empêcher d'aller au baisodrome
( c'est L. qui te tire le bras quand on passe devant tu es dans autre chose et là effectivement tu ne vois plus rien ), je voudrais te suivre jusqu'à ce que tout s'écroule, j'ai pas envie, pas envie de te laisser, pas envie de te voir partir seul, j'ai envie qu'on se perde, d'être celle qui aura été là, j'ai pas envie de dormir, j'ai envie de tout enregistrer avec mon cerveau clair, envie d'inscrire cette nuit dans la lignée, j'ai pas envie que tu sois tout seul avec ce monument qui va s'effondrer sur ta gueule c'est inéluctable, j'ai envie qu'on avance sans savoir où, et flipper à chaque fois de savoir que tout peut basculer c'est ça que tu cherches, que ça bascule, que ça vire à la violence concrête, à la douleur tangible, j'ai pas envie de te laisser tout seul avec ce monstre et tu marches comme un centaure, ton buste en avant droit, tes épaules à l'équerre, ton grand corps bien vivant, tu ne te suicideras pas tu l'as dit tout à l'heure, toi tu ne te suicideras pas, tu ne comprends pas pourquoi il ne t'a pas prévenu, Chez nous on admet la théorie du suicide tu as dit, je respecte son choix tu veux te suicider très bien je n'ai rien à dire, mais il aurait pu me prévenir, me dire Voilà je vais me suicider, j'aurais compris, mais là.
Mais las.
On a beaucoup ri plus avant, quand tu nous as parlé du corps. C'est pas à nous. C'est pas à nous ! Hier les flics t'ont dit que ça mettait en général dix jours, à remonter. Mais là, à l'embouchure de la Seine.
Mais là.
Tu as parlé des cendres, et d'Essaouira. Ta maman. Ne pas refaire le voyage. Pas question. Le dégonfler pour après le brûler no way. A ta façon et c'est pour ça les rires.
Et maintenant on est là sur ce grand boulevard pas assez tard pour que ce soit la fin de cette nuit inconcevable et je ne veux pas te laisser mais je dois et c'est comme si je devais t'arracher et te défaire de nos enveloppes tout contre et c'est mon tour de lutter. Là, il y a mon scoot. Et puis l'air qui rend tout brillant quand je file enfin, les rouges et les verts comme mouillés, le danger.
J. t'emmène, sursitaire, je vous regarde vous éloigner dans le sombre sans lampadaire qui engloutit, je maintiens le lien sans dormir, les limbes m'approchent doucement, comme une torpeur, mon téléphone posé devant presque sous l'oreiller.
En attente.
En veille.
mercredi 12 septembre 2007
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5 commentaires:
(ils font mal au ventre, tes mots)
Tschuss Cee.
A force de nous suivre, il nous faudra bien nous croiser.
je suis venue, intimidée.
je vais me coucher avec tes silhouettes qui tanguent un peu sur le boulevard, avec ton écriture respiration difficile.
mon D', heureusement qu'il y a les kids que j'entends par la fenêtre , crier, jouer , s'en "foutre " ou plutôt ne rien savoir ...toutes les larmes se mélent au matin . bises .
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