mardi 18 septembre 2007

OUT OF TIME.

Quelques heures.

Sans bouger.
( Quelques pas de temps en temps, secouer la machine. Tousser)

Sans parler.
( Quelques mots, des echanges importants avec le staff )

Sans lire.
( Toutes les notices, les consignes, les tableaux, à défaut ).

Quelques heures à fixer, l'écran, la fenêtre, l'écran, ton profil.

Ton torse secoué régulièrement par le tube.

Les lignes, vert, rouge, jaune, bleu, la fièvre en dessous.

Sur un écran près de moi les soins.

Les fins tuyaux, tes bras violacés, tes sourcils roux, tes mèches blanches, ta peau diaphane, tes mains enflées, noircies, tes paupières soudées, le son de ton souffle entubé.

Quelques heures seules avec nous.

Te dire, enfin.

Il va se réveiller, et moi d'attendre et redouter. On a stoppé les sédatifs. Et moi de flipper Oui mais est ce qu'il va avoir peur quand il va se réveiller, tout cet appareillage, le tube.

On m'explique, j'écoute, je n'entends pas j'écoute et j'entends son souffle et les bips en simultané, Ok il ne souffrira pas on le sédatera encore s'il faut juste ce qu'il faut, parlez lui, il entend peut-être on ne sait pas parlez lui, nous lui expliquons tout ce que nous lui faisons.

Se rasseoir.

Tu n'as pas la peau d'un vieillard. Ta peau aux épaules est encore lisse et tendue, ton front aussi, à peine si une couperose strie tes joues creusées.

Quand j'en ai assez des écrans et de la pendule pour diverger il y a aussi la fenêtre, les baies vitrées de l'autre côté derrière toi, les batiments orangés par le soir qui arrive.

J'ai un cahier à spirale dans mon sac pour la nounou des enfants. J'écris dedans. Je me dis que si Ma. arrive elle va penser des choses atroces sur le fait que j'écrive, ici.

Je me souviens de P. H., du dessin de Proust sur son lit de.

J'écris quelques mots rapides, pour être sûre de parvenir à les dire.

Je ne veux pas partir.

Je voudrais rester là.

Je sors un instant.

Je reviens tu t'agites ta cage thoracique se soulève ton bras aussi tu sembles souffrir je sors chercher le soignant.

Tes poumons encombrés ont besoin d'être aspirés, encore des tubes, on te parle, on te raconte ce que l'on te fait, je m'approche et pose ma main sur ton épaule après ces images qui racontent qu'à l'intérieur c'est la guerre.

Je te parle, je te dis les choses pour lesquelles je suis venue alors que pour la première fois du jour j'aperçois tes iris bleu gris.

Je surveille en même temps la courbe rouge et les chiffres, la tension est repartie à la hausse. C'est peut être parce que vous lui parlez, et puis je viens quand même de l'aspirer et de l'humidifier ce ne sont pas des choses très sympas pour lui.

Alors je n'ose plus. Quelques minutes. Je me tais. Je ne veux pas être celle qui fait remonter les chiffres rouges et clignoter comme hier le coeur qui sonne l'alarme dans le service.

Je finis ma boite de 100 tic tacs à la menthe.

Il fait nuit quand je te dis A demain et ce qu'il faut avec.

Je laisse encore une fois les consignes aux soignants. Appelez moi surtout appelez moi. Hier c'était à 23 heures. Appelez moi même au milieu de la nuit je m'en fous total je veux juste être là.
Je suis sa seule fille.

Je prends son pull. Son grand gilet gris. Je dis Je prends le pull vous préviendrez j'ai besoin d'un doudou.

Non, pas le sac.

Les soignants me donnent un numéro à leur tour, vous pouvez nous appeler n'importe-quand, vous aussi, merci.

Je quitte la ville médicale comme on fuit le sérail, téléphone vissé, Mu., Ma, N., bien sûr.

Je suis sa seule fille.

Et maintenant que tout est dit, la nuit peut m'engloutir.

2 commentaires:

griz a dit…

ça fait bizarre de lire ça, je sors de l'hôpital, je ne comprends pas tout, 24 heures et puis oust, les petits éclairs de lucidité, je reste couchée, le fait que ce soit public, mais évidemment, le crier à la face du monde, le murmurer plutôt, je ne sais pas, je pense à toi,

bidi a dit…

Pensees.
CC