bolobolo. Entre deux.
Hier soir chez F. par hasard les deux parrains en salle fumeur, Ma. et M., Ma. qui porte le même prénom que mon frère parrain de mon fils, M. qui débarque d'Anvers, ça y est, il est revenu maintenant. Il reste.
Notre tête à tête, entre la cérémonie qu'il prépare pour demain lundi, planter un arbre, un chêne d'Amérique ( le pépiniériste vient à partir de 13h30, on ne plante pas un chêne avant 13h30, nous ignorions...), ne pas dévoiler le joli secret de M. qui réunira sans que personne le voie ses parents pour la dernière halte, les 30mn de musiques de nous, son frère, J., L., j'ai choisi " Toi le coeur de la Rose", l'Enfant et les sortilèges", bien sûr, ( Ravel, bien-sûr ), M. m'apprend que pour lui aussi, c'est l'enfance, son père lui faisait écouter, Granny me le faisait chanter, N. veut l'inclure dans son prochain défilé C., les boucles, raconter ma journée, savoir qu'à tout instant, appréhender la nuit et nous repaître l'un de l'autre, notre sentiment mutuel, notre confiance absolue. La synergie ahurissante de notre histoire.
Mauvaise nuit succède aux autres, pas de message, attendre comme chaque matin l'appel au service, tourner, tourner, des ronds qui n'en finissent pas de se succéder dans le vide du questionnement, lui aussi, tellement absolu.
Il parle aujourd'hui. Dans l'étape dite * de confusion * qui précède le départ, il parle et seuls certains mots audibles font dire à Ma. " Il ne pense qu'à son boulot, le salaud*, pour nous arracher ce sourire si grave et nécessaire, lui ôter quelques secondes le masque pour tenter de percevoir plus juste, et aussitôt les courbes qui s'affolent, reposer l'air artificiel qui sépare ses lèvres du monde, replacer ses jambes, regarder les bras attachés, la nuit il veut partir, regarder, toucher son front, caresser ses cheveux, il répond Moi aussi aux mots d'amour et on sait qu'il les entend loin loin dans ses limbes, ne pas trop stagner, ne pas épuiser ce qui reste, observer encore une fois les courbes, la tension qui monte le rythme des aspirations aussi, le filet de plus en plus mince étroit entre ses lèvres sèches qu'on peut à peine humecter, il ne peut plus boire ce serait trop dangereux, toucher son épaule au dessus des capteurs, tenter pour la nième fois de retenir le nom des morphiniques, en vain, comme une impossibilité chronique.
A la publication de SM, j'ai ôté beaucoup de choses, des lignes crues sur la famille, à l'époque, je fouettais sévère déjà de la version élaguée.
J'ignore donc si j'ai laissé cet échange qui me hante.
Mon père arrivant finalement, après une semaine à l'attendre pour qu'elle puisse enfin partir, il s'était assis derrière moi qui était tout contre le lit. il avait dit, ça je suis sûre que c'est dans le livre " elle a un gros pif, hein ". Puis, après un silence, il avait demandé à mon dos " Tu t'occuperas de moi comme ça quand ce sera mon tour ".
Tu vois, j'ai respecté le deal.
A. depuis son petit lit " Moi je voudrais un fusil... pour tuer les loups ". Moi aussi, je voudrais un fusil pour tuer les loups.
Demain si le sort ne bosse pas à notre place, il va falloir prendre des décisions. Une. décision. Pas facile dit Ma. Non, pas facile.
Se mettre à sa place.
Attaché, confus, totalement dépendant de machines, si ça n'étaient pas des infirmières il les traiteraient de boudins.
Partir ( quand-même ) pendant qu'il dort chante Françoise, implorer le sort.
Nous aussi, nous sommes maintenant au diapason, il n'y a plus de jour ni de nuits, de jours ni de semaines, ni lundi ni sommeil, il y a des matins et des soirs, des passages quotidiens, des mécaniques incontournables que seuls les enfants sont aptes à provisoirement dévier. Il y a des successions de moments, des heures les unes derrière les autres.
Bon week-end, de ses lèvres sous le masque, tout à l'heure.
Il faudra le raser, demain.
dimanche 23 septembre 2007
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